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POINTES D’EPEE ET PRISE DE TETE

Durant ma carrière, j’ai multiplié les expériences avec les têtes de pointe d’épée, Française, Allemande, Allemande nouvelle, sans vis… et j’ai fini avec une belle Italienne 🙂

Plus sérieusement, je trouve que les informations sur ces pièces mécaniques essentielles sont rares et peu exhaustives. Le bouche-à-oreille fonctionne bien en revanche et chacun a ses certitudes s’appuyant sur son expérience. Peu d’études comparatives sur les têtes de pointe en général, et rien au sujet des têtes italiennes.  Quelques athlètes connus laissaient savoir qu’ils utilisaient tel ou tel modèle, mais c’était presque sous le sceau du secret.

Il y a maintenant une quinzaine d’années, après avoir sympathisé avec un tireur italien sur une compétition, j’ai pu trouver un fournisseur pour commander et tester ces têtes de pointes italiennes.

J’ai été convaincu par leur efficacité et je n’ai plus jamais changé tant ces avantages par rapport au système actuel sont considérables.

Je vais essayer de partager avec vous cette expérience.

Dans un premier temps, je vous propose une réflexion globale, puis un tour d’horizon des têtes existantes et des projets ayant vu le jour. Dans un second article, je ferai une présentation précise de la tête italienne.

La tête de pointe d’épée : une pièce essentielle de l’arme !

En préambule, je pars du principe que je m’adresse à des escrimeurs, tireurs ou enseignants qui maîtrisent le montage et le réglage d’une tête de point d’épée classique ainsi que les termes techniques des différentes parties.

Pour ma part, je considère que la tête de pointe est un facteur déterminant en compétition. Bien sûr si votre élève domine largement un match ce ne sera pas le cas. Mais lors de matchs avec un rapport de force équilibré, la victoire se joue souvent sur quelques touches.

La course, le poids et la fiabilité générale de la tête de pointe deviennent dès lors des facteurs clés.

Je suis toujours stupéfait que certains enseignants d’escrime négligent cet élément. Ceux-là mêmes qui disent qu’avec une tête de pointe dont la course est défavorable leurs élèves apprendront à mieux pousser leurs actions, à toucher seul !!! La pédagogie de l’échec… un formidable outil pour démotiver et faire partir ses élèves au mieux dans un autre club et au pire dans un autre sport. Je reconnais cependant que régler correctement toutes les têtes de pointe de ses tireurs lorsqu’on part en compétition est un travail rebutant qui prend énormément de temps.

Mais comment lutter avec un équipement qui n’est pas correctement réglé ? Aujourd’hui, même dans la moindre épreuve régionale un contrôle des têtes est effectué avant le match dans le but de garantir l’égalité des chances des tireurs. Faites l’expérience, prenez une épée qui repousse 500g et qui allume avec une course de 0,8mm ou 1mm, vous verrez immédiatement la différence et votre adversaire également.

A contrario, une épée qui allume à 0.1mm et qui repousse 1kg vous procurera des sensations très négatives. Vous n’allumerez plus sur les touches aux avancées et fini les coups doubles ! Même les touches au corps vont vous sembler difficiles.

Je pense qu’un tireur confirmé est en mesure d’apprécier et de ressentir la différence entre la course d’une tête de pointe réglée à 0,30mm et une autre à 0,45mm .

L’expérience pourrait être menée en aveugle, ce serait intéressant.

Têtes allemandes et têtes françaises

Tout d’abord, il faut savoir qu’actuellement les têtes dites allemandes et françaises sont identiques sur le plan mécanique. Le système de réglage de la course se fait grâce à un petit ressort (dit de contact) qui ferme le circuit entre les 2 extrémités des fils sur le plot lorsque la pointe est enfoncée.

Ces têtes de pointe font partie de la famille des têtes avec ressort de contact qui diffère de la famille des têtes de pointe avec piston.

Pour autant, ces têtes françaises et allemandes ne sont pas de fait compatibles puisqu’il existe des petites différences de côtes. Cela dépend aussi du fabricant et les dernières têtes françaises semblent plus compatibles avec les têtes allemandes, mais sans certitude. De toute façon, il est préférable d’avoir un système complet qui provient du même fabricant. Cela devrait garantir un fonctionnement correct et une meilleure compatibilité. Je dis « devrais » parce qu’on a tous connu des séries de pointes dont les vis ne tiennent pas bien ou qui ont un jeu trop important dans l’embase.

D’une façon générale, la tête allemande a longtemps été d’une qualité supérieure.

Il y a une vingtaine d’années les têtes françaises étaient en acier nickelées et les têtes allemandes en inox. Ce qui justifiait la différence de prix. Petit à petit, la qualité de la tête allemande a semblé baisser au gré des délocalisations. Le réglage de la course devenait moins stable dans la durée et dans certains cas, le ressort de contact se vissait tout seul avec les vibrations.

Aujourd’hui, les têtes françaises se sont bien améliorées et sont en inox le plus souvent. Les têtes allemandes semblent avoir retrouvé un bon niveau de qualité de fabrication.

Lorsqu’on parle de tête Allemande ou Française, c’est un abus de langage parce que d’autres nations fabriquent aujourd’hui des têtes de pointe avec le même principe de ressort de contact. Léon Paul en Angleterre, Folo en Ukraine, Pbt en Hongrie et sans doute d’autres…

 Il serait donc plus judicieux de parler de tête classique ou historique…

Actuellement, on trouve quelques innovations qui concernent ces têtes classiques. Des fabricants proposent des embases en titane qui devrait alléger la tête et la rendre plus résistante aux déformations. Certains traitent l’intérieur pour améliorer le coulissement et limiter les frottements. Enfin, plusieurs innovations concernent les vis qui restent toujours difficiles à placer et serrer. La tête sans vis possède un système de douille qui se visse sur l’embase permettant de supprimer les vis latérales. Les vis Neps qui grâce à un trou au milieu et un tournevis spécial évitent de les faire tomber et favorisent leur positionnement correct et le serrage.

Le réglage de la tête de pointe classique

Quel que soit le modèle de tête, et comme prévu par le règlement international, les réglages concernent le « poids » et la « course ».

Le « poids »

C’est très simple, la pointe doit repousser un poids de 750gr. Vous avez donc un ressort, nommé ressort de rappel ou de pression, qui fait le travail. Votre marge de manœuvre est assez faible. Si vos ressorts sont correctement tarés, et c’est de plus en plus le cas aujourd’hui, ils vont repousser environ 800gr. Sinon il faudra les « travailler », mais on est plutôt dans du bidouillage et les résultats sont aléatoires.

Sachez que la force d’un ressort dépend entre autres de sa longueur. Par conséquent, vous pouvez :

  • Le raccourcir en l’écrasant avec une pince ; on provoque alors une déformation plus ou moins difficile à contrôler.
  • Le couper en enlevant une spire ; selon moi, cette pratique n’est pas autorisée du fait qu’on modifie un élément qui a fait l’objet d’une homologation.
  • Le chauffer avec un briquet ce qui a pour effet de le détremper plus ou moins. Il perd alors de sa nervosité et il est toujours très difficile de contrôler le résultat.

Limer le ressort à l’intérieur avec une fine queue de rat afin de réduire l’épaisseur du fil ; le résultat n’est toujours pas garanti d’autant qu’on provoque aussi une détrempe du fait de l’échauffement provoqué par la lime.

La « course »

D’abord, l’espace entre la partie inférieure de la pointe et l’embase est au minimum de 1,5mm. Il se vérifie avec la cale de 1.5mm.

Ensuite, si on enfonce la tête de pointe avec une force supérieure à 750gr et après avoir placé une cale de 0,5 mm sur l’embase, le ressort de contact ne doit pas toucher les plots et fermer le circuit. La cale utilisée est de 0,5mm +/- 0,05mm comme le prévoit le règlement.

Enfin si l’on retire la cale, le ressort de contact doit fermer le circuit dès que la pointe s’enfonce davantage en franchissant la limite des  0,5mm

Par conséquent si la course est parfaitement réglée, et en tenant compte des tolérances, le contact devrait se faire à 0,44 mm. Si vous faites un réglage encore plus proche de la norme, 0,48 par exemple, vous pourriez être testé avec une pige de 0,45 mm, qui reste dans la tolérance réglementaire. Dans ce cas votre épée ne passerait pas. En fait, cette approche est assez théorique parce que les piges peuvent être légèrement tordues, usées, votre ressort de contact n’est pas toujours parfaitement plat, votre embase peut présenter des déformations… bref 0, 40 mm semble un bon compromis entre efficacité et tranquillité d’esprit…

Pour effectuer ce réglage dans de bonnes conditions, il faut se doter d’un jeu de cale à bougie que vous trouverez pour moins de 10€ dans un magasin de bricolage. Vous aurez une multitude de cales allant de 0,01 mm à 1,5 mm.

En superposant les cales, vous parviendrez au réglage adéquat. Attention de vérifier la course avec différentes positions des cales entre l’embase et la pointe. Le fait que ces cales sont droites et n’ont pas d’encoche en ½ cercle, comme celles spécifiques escrime, pourrait désaxer très légèrement la tête et fausser la mesure de la course.

Enfin pour modifier ce réglage, vous allez devoir agir sur le ressort de contact. Ce dernier est monté sur un pas de vis que vous voyez si vous ôtez le ressort.

Vous avez sans doute constaté que ce ressort se visse, mais semble ne jamais pouvoir se dévisser. Si votre course est défavorable, vous n’avez d’autres ressources que de tirer sur le ressort en espérant parvenir à lui faire sauter une spire ou à le déformer. Au final, vous serez sûrement obligé de l’arracher et d’en mettre un nouveau.

Dès lors, il vous faudra avancer prudemment dans votre réglage si vous souhaitez un réglage à 0,40 mm par exemple. Je vous conseille également de vérifier la course avec la tête positionnée correctement par rapport aux emplacements de vis et après ½ tour. En effet, si votre ressort de contact n’est pas plat vous pourriez avoir une différence avec la tête positionnée, vis 1 en face de la lumière 1 de l’embase et après ½ tour la vis 2 en face de la lumière 1.

Conclusion sur le réglage des têtes allemandes et françaises

Pour conclure sur ce chapitre concernant le réglage de la course des têtes classiques allemandes et françaises, je vous accorde que c’est non seulement un casse-tête, mais une ineptie d’un point de vue mécanique.

Pour faire simple, c’est du grand n’importe quoi !!

Sachez que ce concept mécanique est quasi le même depuis l’avènement du système électrique, en 1936. On trouve encore des têtes « Pamplemousse » de 1952 qui possèdent bien le même système de ressort de contact. The history of epee fencing – LeonPaul.com

On trouve également un article en 1934, dans les tous débuts du SE (système électrique), la description précise du bouton avec le ressort de contact. Étude technique et critique de l’appareillage électrique pour assauts d’épée – édouard Galfré – page 8 – l’escrime et le tir N° 143 octobre 1934

J’ai même pu retrouver le dessin de la pointe Souzy déposée en 1952 dont le mécanisme est absolument identique au système actuel.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Comment un système aussi archaïque domine encore le marché de la tête de pointe d’épée ?

Existe-t-il d’autres mécanismes plus performants ?

Les autres concepts et innovations techniques

1939 – Pointe italienne dessinée par Edoardo Mangiarotti

Cela semble assez incroyable que cette tête ait été dessinée en 1939 mais on trouve cette date dans un compte rendu d’un congès de la FIE. Congrès FIE- 1988 – Page 26

Ce principe de tête avec piston est comparé avec le système d’origine Souzy qui assure le contact avec un ressort. Celui-ci pouvant se déformer, la FIE semble souhaiter que seul le modèle de tête à piston avec un contact soit imposé à terme. 30 ans plus tard …

La pointe Carmimari est la déclinaison commerciale de cette pointe. Elle a été produite en 2 versions A et B. La première sans réglage extérieur et la seconde avec le réglage externe.

La pointe Schermasport possède également les mêmes caractéristiques, mais semble avoir un système de douille qui remplace les vis latérales. Je n’ai jamais vu cette tête et je ne sais pas si elle a fonctionné. En revanche, les têtes de pointe Schermasport et Sernami homologuées aujourd’hui sont des déclinaisons de la pointe Mangiarotti.

1979 – La tête Mion

Cette pointe est sans doute la meilleure invention que l’on ait faite sur ces têtes de pointe d’épée au XX siècle. Elle est l’œuvre de Jacques Mion qui n’est autre que le père de Jean-Pierre Mion, escrimeur de la VGA st Maur maintenant licencié à Six-Fours et qu’on croise encore régulièrement sur les pistes lors des compétitions vétérans.

En effet, cette tête de pointe possédait une vis qui permettait de régler la course sans retirer la tête. Du même coup vous apportiez une solution à la question du démontage et remontage pénible des vis et vous pouviez effectuer un réglage micrométrique de la course.

On peut observer sur la coupe qu’une vis de réglage sur le dessus de la tête permet de faire monter ou descendre un piston rigide. Ensuite, les vis de côté limitent le déplacement de la tête dans l’embase et assurent le blocage du piston et donc du réglage de la course en comprimant la gaine en plastique sur la tige. Le contact entre le piston et le plot lors de la fermeture du circuit et amorti par un ressort inséré dans le plot du fil conducteur.

Le brevet français de cette tête de pointe a été déposé en 1983 et en 1985 pour le brevet européen . Dans un 1er temps, cette pointe fut homologuée, mais des 1986 la FIE a cherché à réglementer dans le but d’interdire le réglage de la course sans démonter totalement la tête de pointe. Le motif invoqué était le risque de tricherie et la volonté d’adopter un modèle de tête unique pour tous. Il est édifiant de lire le compte rendu de la question posée lors du congrès de la FIE de 1987. Proposition de M. Cramer pour l’unification des normes pour la pointe d’épée – page 50

On comprend dans ce texte que 2 modèles de têtes de pointes d’épée existent déjà, celui avec un Piston (Tête Mion et toutes les têtes italiennes) et celui avec un ressort (têtes allemandes et françaises) comme l’explique Edoardo Mangiarotti. Il semble admis alors que les modèles avec piston sont meilleurs.

C’est en 1992 que la décision du congrès fut appliquée et le règlement international modifié en conséquence. L’article M19 du RI, en vigueur aujourd’hui, précise qu’aucun réglage ne peut se faire sans démonter la pointe.

1990 La tête allemande nouvelle

Début des années 90,  un brevet a été déposé et des têtes allemandes « nouvelles » ont été commercialisées. Très originales, ces têtes présentaient une partie métallique carrée à la base qui s’insérait dans la tête du plot. On réglait ainsi la course en vissant ou dévissant de 1/2 tour. D’ailleurs vous pourrez observer que les fils porte-contact allemand ont conservé le plot avec une forme carrée à l’intérieur. Cependant, ces têtes de pointes ont été retirées du marché sans doute en raison d’un problème technique. J’en ai utilisé à l’époque et constaté après un certain temps que le contact ne se faisait plus ou par intermittence. Selon moi, le carré métallique en frottant sur le plastique formait un dépôt qui isolait les contacts. C’est sans doute cette raison qui a entraîné leur retrait du marché, mais l’idée était brillante.

2000 ?? La tête sans vis

J’évoque cette tête de pointe du fait qu’on la trouve assez régulièrement proposée au côté des têtes classique. Elle est vendue aujourd’hui comme une tête allemande sur les sites allemands et français. Il me semblait que l’invention était française, mais en matière de brevet on ne sait jamais si l’on ne fait pas de recherche précise. Comme son nom l’indique, cette tête de pointe résout la question des vis, mais fonctionne de la même façon en ce qui concerne le ressort de contact et de rappel. Selon moi, le réglage de la course, si l’on est exigeant, est encore plus difficile et moins précis que sur une tête classique. Vous devez visser à fond la partie supérieure à chaque vérification de la hauteur de la course. Source du schéma

2003 La tête SG

J’ai participé à l’aventure du développement et de la production de cette tête de pointe en tant qu’inventeur avec Frédéric Marciano, dépositaire du Brevet. Ce fut une expérience très intéressante et j’ai compris qu’imaginer une solution technique ne suffit pas. La fabrication en série notamment, fourmille d’embûches qui peuvent réduire un projet à néant.

J’étais à l’époque sur Besançon, capitale de l’horlogerie, ou foisonnait des entreprises de micromécanique.

La valeur ajoutée de cette tête de pointe résidait dans un mécanisme qui permettait d’effectuer un réglage micrométrique de la course à l’aide d’une vis logée au fond du ressort de contact et accessible avec un tournevis qu’on glissait à l’intérieur du dit ressort.

La fabrication s’est arrêtée il y a quelque temps pour diverses raisons techniques liées à des problématiques de production.

2005 Zip fencing

Ici aussi, il s’agit de supprimer les vis. Le principe est simple la tête de pointe s’adapte à toutes les embases Allemandes ou Française et 2 ergos remplacent les vis. Pour dégager la tête il est nécessaire de posséder une clef spéciale en plastique qui permet d’enfoncer les 2 ergos simultanément et d’extraire la pointe. Cette tête de pointe semble ne plus être produite et je ne l’ai jamais testé.

Pour conclure

j’espère avoir été exhaustif sur le sujet, mais peut-être que d’autres mécanismes ont existé et j’aurai plaisir à les découvrir !

Bibliographie / sources

Revue escrime internationale 1992

Recherche Brevets européens

Congrès FIE 1988

Congrès FIE 1987

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